L'IA au service de l'humain — ou l'inverse ?

 Université de Tlemcen · E-learning Texte d'opinion · Le Devoir 50 min
Intelligence artificielleSociété numériqueTexte argumentatifJugement critiqueÉthique & régulationÉducation & plagiat

Imaginez un chirurgien qui, après des années à se fier à un logiciel de diagnostic, ne serait plus capable de lire une radio seul. Ou un élève qui, ayant toujours laissé une IA rédiger ses textes, ne saurait plus formuler une idée par lui-même.

Ce n'est pas de la science-fiction. C'est la question que pose cet article avec une urgence bien réelle : à force de déléguer à la machine, allons-nous désapprendre à être humains ?

ILe texte — lecture analytique

Ce texte est un article d'opinion publié dans le journal québécois Le Devoir. Son auteur, ancien enseignant, adopte une posture nuancée : il ne rejette pas l'IA, mais appelle à la vigilance. Lisons-le attentivement.

Texte source · Le Devoir (Québec)

Alors que l'intelligence artificielle évolue à la vitesse grand V, sommes-nous en train d'oublier qu'elle est le produit du cerveau humain ? En conséquence, peut-être aurions-nous avantage à prêter une oreille attentive aux nombreux experts qui nous invitent à la prudence.

« L'IA doit être au service de l'être humain et non l'inverse. »

Certes, l'IA contribue à la progression de la société, notamment en recherche scientifique. Par ailleurs, nous savons déjà que son développement entraînera des pertes d'emplois, que nos données personnelles seront encore plus menacées et que les armes gagneront en autonomie.

Au-delà de ces problématiques, une chose inquiète l'auteur au plus haut point : conserverons-nous la capacité d'exercer notre jugement et de prendre des décisions ? En exerçant de moins en moins son jugement, l'humain risque-t-il de perdre cette habileté fondamentale ?

Enfin, vu le nombre illimité de champs d'application dans lesquels l'IA s'infiltre, il est plus que temps pour les politiciens de s'impliquer dans l'élaboration d'un encadrement de l'IA et d'une surveillance accrue des géants qui en ont le contrôle.

IIStructure argumentative du texte

Ce texte suit une logique argumentative classique. L'auteur concède d'abord des avantages à l'IA avant d'en développer les dangers — technique rhétorique appelée la concession-réfutation.

Arguments favorables (concession)
  • Contribution à la recherche scientifique
  • Progression de la société
  • Gains de productivité reconnus
Arguments défavorables (thèse principale)
  • Pertes massives d'emplois
  • Menace sur les données personnelles
  • Autonomisation des armes
  • Atrophie du jugement humain
  • Plagiat dans le milieu scolaire
  • Manque de régulation politique
Procédé rhétorique à retenir : « Certes… Par ailleurs… » — la concession (accorder un point à l'adversaire) renforce la crédibilité de l'auteur avant d'imposer sa thèse. C'est une marque d'argumentation mature.
IIILes quatre risques identifiés
1

L'atrophie du jugement humain

En déléguant de plus en plus nos décisions à des algorithmes, nous risquons de perdre la capacité même de raisonner de façon autonome.

Cf. Carr (2010) — The Shallows : l'usage intensif du numérique reconfigure le cerveau.
2

Le plagiat scolaire assisté par IA

Les productions écrites des élèves peuvent désormais être générées en quelques secondes, sapant l'apprentissage authentique et l'évaluation des compétences réelles.

Cf. Lim et al. (2023) — études sur l'usage de ChatGPT dans les établissements scolaires.
3

La menace sur les données personnelles

Les systèmes d'IA s'alimentent de données massives. Leur collecte, leur traitement et leur éventuelle commercialisation échappent souvent à tout contrôle citoyen.

Cf. Zuboff (2019) — The Age of Surveillance Capitalism.
4

L'absence de régulation politique

La vitesse de développement de l'IA dépasse celle des législateurs. L'auteur appelle à un encadrement urgentde la part des gouvernements et une surveillance des grandes entreprises technologiques.

Cf. Parlement européen — AI Act (2024) : premier cadre réglementaire mondial sur l'IA.
IVActivités de compréhension

Questions — cliquez pour révéler la piste de réponse

Quelle est la thèse principale défendue par l'auteur ?›
Quel procédé rhétorique l'auteur utilise-t-il au début du texte ?›
Pourquoi l'auteur, en tant qu'ancien enseignant, est-il particulièrement préoccupé ?›
Quelle solution l'auteur propose-t-il en conclusion ?›
Relevez un connecteur logique et expliquez son rôle dans le texte.›
Références bibliographiques

Sources pour approfondir chaque axe du texte

Carr, N. (2010). The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains. W. W. Norton. — Sur les effets cognitifs des technologies numériques sur l'attention et le jugement humain.
Zuboff, S. (2019). The Age of Surveillance Capitalism. PublicAffairs. — Analyse fondamentale de la collecte des données personnelles par les géants du numérique.
Tegmark, M. (2017). Life 3.0: Being Human in the Age of Artificial Intelligence. Knopf. — Réflexion équilibrée sur les opportunités et les dangers existentiels de l'IA.
Floridi, L. et al. (2018). AI4People — An Ethical Framework for a Good AI Society. Minds and Machines, 28, 689–707. — Principes éthiques fondateurs pour une IA au service de l'humain.
Parlement européen (2024). AI Act — Règlement européen sur l'intelligence artificielle. Premier cadre légal mondial contraignant sur l'IA. europarl.europa.eu
Lim, W. M. et al. (2023). Generative AI and the future of education. Australasian Journal of Educational Technology, 39(4). — Impact de ChatGPT et des IA génératives sur les pratiques scolaires et le plagiat.
Stiegler, B. (2015). Dans la disruption : comment ne pas devenir fou ? Les Liens qui Libèrent. — Philosophe français sur la désorientation cognitive liée à l'accélération technologique.
Conseil de l'Europe (2022). Recommandation sur les principes de gouvernance de l'IA. Strasbourg. — Texte institutionnel de référence sur la régulation et l'éthique de l'IA.
Morozov, E. (2013). To Save Everything, Click Here. PublicAffairs. — Critique du « solutionnisme technologique » : l'illusion que la technologie peut résoudre tous les problèmes humains.